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90% des gros poissons ont disparu



 
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Pieuvre




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MessagePosté le: Sam 17 Mai, 2003 9:13 am    Sujet du message: 90% des gros poissons ont disparu Répondre en citant

90% des gros poissons ont disparu




«La biomasse de gros poissons prédateurs est aujourd'hui d'environ 10 % du niveau pré-industriel.» Ransom

Myers et Boris Worm n pensait la situation mauvaise. C'est pire. Résumé, voici le message que deux halieutes

­ spécialistes ès populations de poissons ­ publie aujourd'hui dans Nature. Ransom Myers et Boris Worm ont

analysé une compilation des données sur les gros poissons prédateurs (morues, thons, espadons, requins,

églefins, raies, colins, flétans...) et cibles favorites des pêcheurs. Classique, sauf qu'ils ont réussi à

contourner une difficulté méthodologique majeure : en général, on a commencé à compter les poissons après

avoir démarré la pêche industrielle. A coups de chaluts géants et de navires-usines. D'où la disparition de

l'effet initial de cette accélération brutale du prélèvement par les hommes, affamés de protéines. Or,

affirment les deux halieutes, c'est là que se passe l'essentiel du choc : en quinze ans maxi, les

populations chutent d'environ 80 % !

Sans appel. «Cette étude est importante car elle généralise des situations connues sur des régions ou des

stocks particuliers», estime Philippe Cury, de l'IRD (Institut de recherche pour le développement). Myers et

Worm, de l'université de Halifax, pensent l'avoir démontré à l'échelle mondiale et pour l'ensemble des

communautés de poissons prédateurs. Leurs données couvrent cinq plateaux continentaux ainsi que neuf systèmes

océaniques et utilisent toutes les données connues précédant ou commençant avec la pêche industrielle. En

particulier de précieuses observations réalisées par la flotte de pêche japonaise, pour le thon et l'espadon,

recueillies sur tous les océans (sauf les régions circumpolaires) depuis 1952. Les résultats sont sans appel :

dès lors que l'on peut disposer de mesures, mêmes partielles, la chute initiale d'environ 80 % est générale

(1). Les stocks, qui semblent avoir décliné moins vite, comme ceux de morues du nord-ouest de l'Atlantique,

ont en réalité subi une forte pression préindustrielle dès le XVIIe siècle. En conséquence, concluent les deux

halieutes, «la biomasse de gros poissons prédateurs est aujourd'hui d'environ 10 % du niveau

pré-industriel».

Si ces chiffres semblent hors de proportion avec les évolutions connues des stocks de poissons, c'est que les

références à cet état initial sont rares. Les stocks surveillés, comme en Manche, en mer du Nord ou en

Atlantique ouest sont depuis si longtemps en situation de surpêche que leurs populations oscillent entre des

niveaux bas ou très bas, très loin du potentiel réel des espèces concernées. Les quotas de pêche sont, de ce

fait, incapables de restaurer les stocks aux niveaux préindustriels. Surtout, «cette chute a bouleversé les

écosystèmes marins où les populations subissent un double contrôle, explique Cury. «"D'en bas", avec les

fluctuations climatiques et environnementales qui jouent sur la production de phytoplancton. Mais aussi

"d'en haut", lorsque la pression exercée par les prédateurs, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire,

varie brusquement.»

Proies. Tuez les renards, et vous aurez plein de lièvres. C'est un peu ce qui se passe dans les océans, mais

en plus compliqué, explique Philippe Cury (2). La chute rapide des espèces prédatrices provoque dans un

premier temps une explosion des espèces proies. C'est ainsi que des stocks de petits pélagiques (sardines,

anchois, chinchards, sprats... qui vivent en pleine mer et non sur les fonds) peuvent connaître une embellie

subite. La part de ces pélagiques de petite taille est ainsi passée de 50 à 65 % des prises mondiales en

trente ans. Sur les côtes d'Afrique de l'Ouest, l'explosion de la pêche artisanale, sénégalaise surtout, et

les coups de chalut ravageurs des gros navires européens, japonais, russes ou coréens ont décimé les

populations de dorades ou de mérous. Décimation qui a provoqué une explosion des stocks de poulpes devenus une

ressource majeure pour les pêcheurs africains. Autant de signes clairs des vives réactions des écosystèmes.

Fluctuations. Ce qui est moins clair, ce sont les rétroactions. Si la morue mange le petit poisson (dont la

petite morue), le petit poisson mange les oeufs et les larves du gros (voire les siens). C'est peut-être là

que gît une part de l'explication du mystère des morues canadiennes, en Atlantique nord-ouest. Malgré

l'arrêt de la pêche, durant plusieurs années, les stocks ne se reconstituent pas. En outre, si les

populations de petits pélagiques explosent, elles vont devenir encore plus sensibles aux fluctuations

climatiques et environnementales. Ainsi, les captures de poulpes oscillent entre quelques centaines et plus de

30 000 tonnes au Sénégal d'une année à l'autre. Des conditions encore plus difficiles pour les pêcheurs,

exposés à des variations considérables des ressources.

«C'est pour cela qu'il faut tout étudier», rétorque Jacques Massé, halieute à l'Ifremer (Institut français

de recherche pour l'exploitation de la mer). Il part dans quelques jours, pour sa campagne annuelle (3) de

comptage des sardines, des anchois et de leurs oeufs dans le golfe de Gascogne. Pour la première fois, il

emmène avec lui des «compteurs de dauphins». Et le navire sera accompagné de «survols aériens pour compter les

oiseaux (puffins, goélands, fous de Bassan...)». Les gentils mammifères et les jolis oiseaux sont en effet de

redoutables prédateurs. D'après Massé, une estimation très grossière leur attribue une capacité de «pêche» à

l'anchois d'environ 15 000 tonnes chacun, l'équivalent des prises des pêcheurs français dans le golfe. Les

phoques en Atlantique du nord-ouest, les millions d'oiseaux des mers australes, autant de prédateurs dont les

prélèvements n'ont rien à envier à ceux des hommes. Tenter de contrôler les stocks en jouant uniquement sur

les prises des navires revient à résoudre un problème dont on ne connaîtrait qu'un quart des données. De

surcroît, ce n'est pas de sitôt que les scientifiques pourront intégrer les variations climatiques et les

interactions des écosystèmes dans des modèles prédictifs permettant de fixer des quotas de pêche autorisant à

profiter de la croissance rapide mais temporaire des espèces à vie courte. «Il faut limiter fortement les

prises si l'on veut respecter l'engagement du sommet de Johannesbourg : restaurer les stocks de poissons

d'ici 2015», affirment les auteurs de Nature. Mais la nécessité ­ économique en Europe, alimentaire en

Afrique ou en Asie ­ s'y oppose.
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Eric
 
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